Le Pouvoir Populaire se lève depuis le Sri Lanka — Une Conversation avec Anuka De Silva
Le Pouvoir Populaire se lève depuis le Sri Lanka — Une Conversation avec Anuka De Silva

Le Pouvoir Populaire se lève depuis le Sri Lanka — Une Conversation avec Anuka De Silva

(en anglais uniquement)

Alors que le monde se prépare pour le 3e Forum Global Nyéléni, tous les regards se tournent vers le Sri Lanka, pays hôte de ce rassemblement historique.
Dans notre dernier épisode de podcast, nous nous asseyons avec Anuka De Silva, dirigeante du Mouvement pour la réforme agraire et foncière (MONLAR pour son acronyme en anglais) et membre du Comité de coordination international de La Via Campesina, pour entendre directement du terrain ce que ce moment signifie.

« Nous nous levons. Nous résistons et nous construisons le pouvoir par la base. Ce forum est une étincelle dans notre lutte collective. » — Anuka De Silva


Le Sri Lanka est un cas très particulier, avec 80 % de sa population vivant en zones rurales. Quelles implications cela a-t-il pour la souveraineté alimentaire ?

Le Sri Lanka est un très petit pays de l’océan Indien. Nous avons connu une réforme agraire dans les années 1960 et 1970, c’est pourquoi la majorité de la population vit dans les zones rurales. L’an dernier, nous avons également eu un changement de gouvernement, et nous pensons que nous pouvons désormais pousser pour une véritable politique de souveraineté alimentaire. C’est pourquoi le Sri Lanka est l’endroit idéal pour accueillir le Forum mondial Nyéléni.

« Nous avons changé de gouvernement grâce à un immense soulèvement populaire. Maintenant, nous exigeons de véritables réformes politiques — au-delà des élections — pour sortir du piège du FMI. » — Anuka De Silva

Quelle est la situation actuelle de l’agriculture, de la pêche et de la production pastorale au Sri Lanka ?

En plus de l’agriculture à petite échelle, nous avons un secteur de plantations qui repose sur des pratiques agricoles conventionnelles, ainsi qu’une pêche industrielle pratiquée par de grands chalutiers commerciaux qui concurrencent les communautés de pêche artisanale traditionnelle. La situation des éleveurs pastoraux est également très difficile à cause de la pression des projets gouvernementaux sur l’utilisation des terres et des projets de développement étrangers. Ils essaient d’utiliser les terres pastorales à d’autres fins, car ils estiment que maintenir les prairies revient à « gaspiller » la terre. C’est pourquoi, en particulier sur la côte Est, les communautés pastorales mènent un combat important pour récupérer leurs terres.

Comment le Sri Lanka en est-il venu à accueillir le 3e Forum Global Nyéléni, et que peuvent attendre les mouvements sociaux du monde entier de ce qui se passera ici en septembre ?

En 2020, nous avons connu un grand soulèvement populaire dans le pays, car nous avons mis au défi le président de quitter la présidence, face à la corruption massive du précédent gouvernement. Ce n’était pas seulement une question de ce président-là : c’est une longue histoire. En plus de la corruption, nous subissions beaucoup d’oppression et nous traversions une crise économique. Nous avons pris l’initiative, en tant que mouvements sociaux, avec tous les autres groupes. Nous avons dit que le président devait partir. C’est à cause de cette histoire que nous pensons qu’il est bon d’amener le forum au Sri Lanka. Mais ce n’est pas seulement au sujet du Sri Lanka : dans toute l’Asie du Sud, nous avons de très forts mouvements paysans, comme le mouvement des agriculteurs en Inde. Ils se sont opposés à leur gouvernement pour contester des lois agricoles controversées et ont occupé Delhi en 2020 pendant un an. Ce fut un moment historique. Nous savons ce qu’est le pouvoir populaire, nous croyons au pouvoir populaire et, en tant que région, nous pensons que c’est le bon moment pour amener le Forum Nyéléni ici.

Qu’est-ce que le monde et les mouvements sociaux peuvent attendre du forum de septembre ?

Je pense que nous faisons tous face à de fortes oppressions, à travers le capitalisme et le modèle néolibéral. Nous faisons face à la faim et à la crise de la dette. Ensemble, en tant que mouvement social, nous devons vraiment créer un véritable changement systémique. C’est la partie la plus importante du 3e Forum Global Nyéléni. Nous avons vraiment besoin d’un changement systémique maintenant, car nous ne pouvons pas attendre alors que la planète se réchauffe, que des gens meurent de faim et de conflits. Nous pensons que c’est le moment de nous unir pour défier le système.

Quelles sont vos attentes concernant le 3e Forum Global Nyéléni et quelle est l’importance de cet événement pour le Sri Lanka ?

Je pense que c’est un moment très important pour nous, Sri Lankais, car nous avons changé de gouvernement, mais nous faisons toujours face aux conditions punitives dictées par le Fonds monétaire international (FMI), alors que nous sommes dans une grave crise économique. Nous sommes pris dans le piège de la dette. Il y a un besoin de véritable changement politique. Il ne s’agit pas seulement de gagner les élections, mais de réaliser de profondes réformes politiques. Nous exigeons du gouvernement qu’il abandonne les programmes d’emprunt du FMI et qu’il protège les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs pastoraux. Nous demandons aussi de vrais systèmes de santé et d’éducation pour toutes et tous dans ce pays. Nyéléni est un moment clé pour construire des liens entre les mouvements populaires et pousser notre gouvernement à aller de l’avant.

Combien de personnes et d’organisations sont attendues ici en septembre ?

Plus de 500 personnes viendront de partout dans le monde, issues de six régions, avec différents mouvements sociaux et acteurs qui veulent changer le système. La plupart seront des paysans, des pêcheurs et des éleveurs pastoraux, des personnes militant pour la santé pour toutes et tous, pour l’économie solidaire et pour le climat. Il y aura aussi des représentants d’ONG. Ce sera une véritable convergence.

Et qu’en est-il des barrières linguistiques ? Comment vous préparez-vous à cette question ?

Oui, nous sommes très diversifiés, mais nous essayons de nous unir. Nous avons une équipe qualifiée qui nous aide à mettre en place une véritable diversité linguistique. Nous prévoyons une interprétation dans 17 langues lors du forum, car chacun doit pouvoir parler dans sa propre langue. La langue est un droit fondamental.


Avec plus de 500 délégués venant de plus de 80 pays, et une interprétation en plus de 17 langues, ce forum sera une convergence de voix, de mouvements et de visions pour un changement systémique.

🎧 Écoutez dès maintenant la conversation complète avec Anuka — également disponible sur iVoox — et marchez avec nous vers le forum de septembre (en anglais uniquement)

En savoir plus sur Nyéléni Global Forum

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture