La lutte contre les agrotoxiques au Paraguay remonte à l’arrivée du soja transgénique, accompagné de son paquet technologique. Ce paquet inclut l’utilisation de fertilisants, d’insecticides, de pesticides et d’autres agents desséchants. Associé à d’autres éléments, il a déclenché une confrontation constante avec la population paysanne. Bien que l’intensité de cette résistance ait varié au fil du temps, elle a été façonnée par le pouvoir économique et politique utilisé pour imposer le modèle agro-industriel dans le pays. Ce modèle agressif s’est installé de manière brutale, déplaçant des communautés entières.
Au cours des cinq premières années, on estimait que 9 % de la population rurale avait été déplacée. Aujourd’hui, les statistiques montrent que ce pourcentage est bien plus élevé. Dans ce contexte, la résistance a pris diverses formes, devenant particulièrement visible à travers la lutte menée par l’Organización de Mujeres Campesinas e Indígenas (CONAMURI) après la mort tragique de Silvino Talavera, un garçon de onze ans et fils d’une camarade, à cause des fumigations aux agrotoxiques.
Cet incident bouleversant a motivé une campagne intense intitulée « Justice pour Silvino », qui a porté l’affaire devant les tribunaux. Bien qu’un verdict favorable ait été obtenu, la peine n’a finalement pas été appliquée.
En conséquence, ce résultat a galvanisé d’autres organisations et le mouvement paysan en général pour renforcer leur résistance. L’impact des agrotoxiques sur la santé humaine, les animaux domestiques et le bétail a été profondément négatif et alarmant dans tout le pays. En plus de nuire aux économies paysannes, ces produits chimiques ont dévasté la biodiversité et les cultures fruitières. Au Paraguay, cette lutte est devenue un moteur essentiel pour renforcer la résistance contre les agrotoxiques en Amérique du Sud.
Grâce à CONAMURI et à la CLOC-Vía Campesina, le débat s’est intensifié, alimenté par les actions issues de cette lutte. La mémoire de Silvino Talavera fait désormais partie de la mística des organisations du continent, et partout où son nom est prononcé, il suscite un fervent désir de justice. Lors de la VI Conférence de La Vía Campesina, tenue en Indonésie en 2013, les organisations de la région ont lancé la Campagne Continentale Contre les Agrotoxiques et pour la Vie, en apportant une riche expérience de dénonciations et d’actions concernant les impacts du modèle de production hégémonique.
Cette lutte a également conduit à la création de la Coordination Nationale des Victimes des Agrotoxiques, regroupant des organisations paysannes, indigènes, de quartiers ainsi que des entités étatiques pour dénoncer les abus subis par les communautés rurales en raison des fumigations aux pesticides. Cet effort collectif a donné naissance à Ñamosêke Monsanto, une plateforme dédiée à rendre visible la situation des zones touchées par l’agro-industrie, souvent ignorée par les médias de masse.
La résilience des populations a été remarquable. Les organisations ont constaté que, ces derniers temps, les agrotoxiques ont été utilisés intentionnellement pour expulser des communautés. Dans certains cas, des communautés autochtones ont été fumigées sans aucune considération. Aujourd’hui, la lutte a repris de l’ampleur, car les cas de cancers liés aux pesticides augmentent constamment.
Que faisons-nous en tant qu’organisation ?
Nous résistons avec des barrières vivantes : les gens sortent et font face aux tracteurs. Nous exigeons l’arrêt des fumigations par tracteurs et, surtout, par les avions à large portée. Pour l’instant, nos ressources ne permettent pas une résistance généralisée, mais nous avons réussi à limiter les fumigations aux pulvérisateurs portés sur le dos, réduisant ainsi l’exposition. Cependant, nous devons continuer à avancer, pas à pas, vers une interdiction totale.
