Souveraineté alimentaire et économie sociale et solidaire pour la justice sociale
Souveraineté alimentaire et économie sociale et solidaire pour la justice sociale

Souveraineté alimentaire et économie sociale et solidaire pour la justice sociale

Les idées principales sont tirées de l’étude de cas « Community Supported Agriculture – blurring boundaries between producers and consumers, urban and rural, and furthering our commons and commoning : furthering change ! » publiée sur Socioeco.org.

Après la Journée mondiale de la justice sociale du 20 février dernier et au cours de ce mois consacré à l’alimentation et aux droits de l’homme, nous mettons en avant le rôle crucial de la souveraineté alimentaire et de l’économie sociale et solidaire (ESS) en tant que moteurs du changement vers des sociétés plus équitables et durables. Le droit à une alimentation saine ne peut être dissocié de la lutte pour des systèmes alimentaires justes, démocratiques et durables. Dans ce cadre, des initiatives telles que la coopérative Oma Maa en Finlande et les mouvements qui convergent dans le processus Nyéléni 2025 montrent des moyens viables de transformer la relation entre la campagne et la ville, entre les producteurs et les consommateurs, et entre l’économie et la vie.

Oma Maa : un modèle coopératif de transformation alimentaire

La coopérative Oma Maa est un exemple édifiant de la manière dont la souveraineté alimentaire peut se concrétiser dans des modèles économiques fondés sur la solidarité. Située en Finlande, cette communauté agricole fonctionne selon un système d’agriculture soutenue par la communauté (ASC), dans lequel les personnes consommatrices non seulement achètent de la nourriture, mais participent activement au processus de production et aux décisions de la coopérative. Rien qu’en Europe, le réseau international URGENCI (réseau international de toutes les associations régionales et locales de solidarité pour l’agroécologie) a recensé plus d’un million de personnes.

Oma Maa n’est pas seulement un producteur alimentaire ; c’est une plateforme pour l’éducation agro-écologique, la démocratie économique et la régénération environnementale. Son modèle est basé sur :

  • Production agro-écologique : cultiver de manière diversifiée, régénérer le sol et promouvoir la biodiversité.
  • Accès équitable à la nourriture : les membres achètent des paniers hebdomadaires de produits sains et locaux.
  • Participation communautaire : les personnes consommatrices et les producteur.e.s cogèrent le projet, renforçant ainsi les liens entre la ville et la campagne.
  • Économie solidaire : la coopérative privilégie la viabilité sociale et environnementale au profit dans le but de garantir un revenu équitable aux agriculteurs.

Ce modèle démontre qu’il est possible d’œuvrer pour des systèmes alimentaires basés sur la coopération et le soutien mutuel, par opposition à l’agro-industrie basée sur l’exploitation et la monoculture. À vrai dire, la viabilité financière reste un véritable défi au quotidien en raison, entre autres, du manque de personnes impliquées et de la charge de travail considérable. Heureusement, la vision et les valeurs restent fortes.

Souveraineté alimentaire et Nyéléni 2025 : un mouvement mondial interconnecté

La souveraineté alimentaire n’est pas seulement un slogan, mais un projet politique construit par des milliers de communautés, d’organisations paysannes, de peuples autochtones, de coopératives et de réseaux d’ESS à travers le monde. Depuis son lancement, le Forum Nyéléni 2007 a été un pilier dans la lutte pour le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires, en opposition aux politiques néolibérales de libre-échange et de contrôle des entreprises.

Le processus Nyéléni 2025 est une nouvelle phase d’articulation mondiale dans laquelle divers mouvements – paysans, indigènes, féministes, agroécologiques, ESS et économie féministe – élaborent une feuille de route commune pour faire face aux crises alimentaire, écologique et sociale. Les principaux points d’intersection sont les suivants :

  • Le droit à l’alimentation contre la marchandisation de l’alimentation : la production locale, durable et fondée sur les droits entre en conflit avec la logique d’accumulation des grandes entreprises agroalimentaires.
  • Féminismes et souveraineté alimentaire : les femmes et les diversités sont essentielles dans la production alimentaire et la gestion des biens communs, mais sont confrontées à des inégalités dans l’accès à la terre et aux ressources.
  • Autonomie des peuples vs. extractivisme: face à l’accaparement des terres et au modèle agro-exportateur, les mouvements Nyéléni promeuvent des systèmes productifs qui renforcent l’autonomie alimentaire.
  • ESS et souveraineté alimentaire : les coopératives agricoles, les marchés locaux et les réseaux de commerce équitable sont des stratégies clés pour consolider la souveraineté alimentaire dans le cadre d’une économie alternative.

Nyéléni 2025 cherche à consolider les alliances entre ces mouvements, à renforcer les stratégies communes et à consolider le plaidoyer politique afin que la souveraineté alimentaire se traduise par de véritables politiques publiques.

Économie sociale et solidaire : le modèle qui articule ces luttes

L’économie sociale et solidaire (ESS) est le cadre dans lequel convergent nombre de ces luttes. Ce modèle économique remet en question la logique extractiviste et accumulative du capitalisme conventionnel, en proposant à la place une économie centrée sur le bien-être collectif, l’équité et la durabilité. Les membres de Nyéléni sont le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS), auquel Oma Maa participe par l’intermédiaire du réseau européen (RIPESS EU).

L’ESS dans l’alimentation s’exprime à travers :

  • Les coopératives agricoles et de consommateurs : comme Oma Maa, qui distribuent des aliments sans intermédiaires, renforçant ainsi la production locale.
  • Les réseaux de commerce équitable et les marchés solidaires : qui garantissent des prix décents aux producteurs et un accès équitable à la nourriture pour les personnes consommatrices.
  • Les banques de semences communautaires et l’agroécologie : qui protègent la biodiversité et garantissent la souveraineté sur les semences et les connaissances agricoles.
  • La finance solidaire : les systèmes de microcrédit, les monnaies locales et les modèles d’investissement éthique qui permettent aux communautés de contrôler leur propre développement économique.

Cette intersection entre la souveraineté alimentaire et l’ESS est essentielle pour garantir un système alimentaire juste, démocratique et durable, où les communautés ont le pouvoir de définir leur propre alimentation et leur propre économie.

Pour une justice sociale fondée sur la souveraineté alimentaire et l’ESS

La Journée mondiale de la justice sociale nous rappelle que le droit à une alimentation saine est indissociable de la lutte pour la dignité des peuples et le respect des biens communs. Des expériences telles que Oma Maa et les mouvements réunis à Nyéléni 2025 nous montrent qu’un autre modèle est possible : un modèle fondé sur la solidarité, la coopération et le respect de la nature.

Depuis le Forum Nyéléni, nous appelons au renforcement des réseaux de solidarité et à la construction d’alternatives économiques qui nous permettent d’avancer vers des sociétés plus justes et durables.

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